LES TEMOINS GENANTS DES POLITIQUES.

Ecouter la musique est une activité que la plupart des gens raffolent lorsqu’ils veulent se relaxer. Personne n’osera dire qu’il n’a jamais aimé une chanson. Ce ne sont que la diversité des styles musicaux qui fait la différence. Chacun individu ; qu’il soit adulte ou enfant, homme ou femme a un tube musical qui est ou a été son favori. Au Burundi, les adultes des années 70 vantent les mérites du rock alors que la nouvelle génération (eeeh …urunganwe) te racontera le hiphop, RNB,  pop, etc. A côté du pouvoir de faire bouger les gens, la musique comportent l’autre aspect qui est celui d’être un mode d’expression.

En effet, aux USA les blancs interdisaient les esclaves à chanter parce qu’ils avaient peur que les paroles des chansons des esclaves incitent les gens à la révolte. Seul les worksongs(les chansons pour motiver les travailleurs dans les champs) étaient permis. Mais là aussi, ces chansons ne devraient être ni mélancoliques ni nostalgiques. Malgré les restrictions, les artistes ont  toujours trouvé un moyen de faire passer leur message. L’exemple le plus flagrant est la chanson de Pete  Seeger ‘’ We shall overcome’’ (on triomphera) qui est devenu presque l’hymne des défenseurs de droits civiques.250.000 personnes ont repris en chœur les paroles de cette chanson lors de la marche vers Washington pour les droits civiques. Même le président Johnson utilisa les unes des paroles lors de son discours demandant le congrès de voter les lois civiques.

Au Burundi, les chansons contestataires sont de plus en plus produites par des artistes locaux. La  chanson qui a vraiment été la première à emboiter le pas de ‘’we shall overcome’’ est ‘’Rekura iyo Ntama’’(Libérez ce brebis) du groupe reggae Lion Story. Malgré que certains disent qu’elle existait avant, elle a été l’une des pièces maitresses dans la campagne pour la libération de l’activiste des droits de l’homme Pierre Claver Mbonimpa. Le terme ‘’Intama’’ (brebis) est depuis le symbole de tout prisonnier embastillé abusivement. Durant la comparution de Mbonimpa et au cours des manifestations, cette chanson était scandée par la foule qui venait lui prêter main forte.

Si le groupe Lion Story a assuré sur ce coup, il existe un autre artiste, un vrai protestataire, un parolier récidiviste, Thomas Nzeyimana dit Mkombozi (sauveur en swahili).Il est adulé par les gens des classes moyennes du fait qu’il traite dans ses chansons ,les sujets de la vie social et politique. Au début de cette année, il a sorti la chanson ‘’Nzeyimana’’ qui lui a valu l’exil. Cette chanson qui dresse un portrait de tous les acteurs politiques du Burundi (politiciens, société civile, hommes d’Eglises y sont dépeints dans leurs magouilles) sans toutefois les nommer explicitement. Après les menaces et les intimidations qui ont suivi, il a pris le large. Même en exil, son esprit rebelote, ses paroles réfractaires, sa musique factieuse n’ont pas changé d’un iota. Le dernier opus qui vient de relâcher est retentissant, Intitulée ‘’Papa Nzeyimana’’ et en collaboration avec les deux héros nationaux du Burundi : Louis Rwagasore et Mechior Ndadaye. Dans cette nouvelle chanson, il renoue toujours avec ses propos agaçants en essayant de prodiguer des conseils à quelqu’un qu’il a pris comme son père, papa Nzeyimana. Certains passages sont poignants et peuvent paraitre trop osé (‘’Gutwara n’ukwiruka si ku mupira gusa’’ traduction libre ‘’ gouverner c’est s’activer mais pas seulement derrière un ballon de football).Ces paroles sont entrecoupées d’ extraits du discours de Ndadaye et la chanson débutent par un extrait de Rwagasore. Les dossiers qui font scandale refont surface comme lorsque il se dit qu’il est le jet présidentiel falcon qui a été vendu dans des conditions comparables aux comédies de Kigingi’.En bref ,ils donnent de précieux conseils aux politiciens qui aspirent à gouverner le Burundi en se référant sur la situation qui prévaut actuellement et en rappelant les vraies problèmes qui minent la société burundaise.

Malcom X avait dit qu’on ne triomphe pas par une chanson , et sur ce point il n’ avait pas du tout tort mais il a omis de souligner qu’une chanson peut entrainer une influence non négligeable sur le changement.

Auteur :

The Um fashion